« Je voudrais parler de l’École Nouvelle telle que je l’ai connue à travers mes enfants et telle que je la retrouve à travers mes petits enfants. Mon récit pourrait être long, je vais aller à l’essentiel. Les premières années nous apparaissaient fondamentales pour l’enfant, nous avons cherché mon mari et moi, une école qui favorise le développement global de l’enfant. L’apprentissage des connaissances certes, mais aussi :
* les relations avec les autres, enfants et adultes, à travers des discussions(« quoi de neuf », conseil d’école,…)
* le sens des responsabilités, la participation aux tâches matérielles
* le sens de l’organisation, des initiatives.
Mais aussi favoriser la créativité, l’éveil artistique à travers la musique, la peinture, la lecture (bibliothèque), l’ouverture sur le monde à travers les projets et les échanges.
Tous ces domaines interférant d’ailleurs les uns sur les autres.
L’École Nouvelle nous a semblé répondre tout à fait à ce que nous recherchions. Nos enfants y ont fait toute leur scolarité primaire, aujourd’hui ma fille et son mari ont choisi d’y mettre leurs 3 enfants.
Ce qui est dominant dans le comportement des enfants à l’École Nouvelle, c’est le fait qu’ils sont avant tout actifs. C’est une école qui leur propose en plus des moments d’apprentissage scolaire proprement dits, des activités diverses et ouvertes qui tiennent compte de leur mode de pensée spontanée.
Cet aspect me frappe encore plus aujourd’hui. J’y retrouve les projets, projets en petits groupes, projets de classe, projet d’école, cette année : « la science ». Ce projet auquel tous participent donne lieu en fin d’années à une exposition impressionnante par sa richesse à la fois de contenus et de sens artistique dans la présentation. J’y participe dans le cadre d’un atelier de géométrie en CP – CE1 ainsi que dans celui d’un atelier décloisonné sur les suites de nombres.
J’ai en effet enseigné les mathématiques en collège pendant 35 ans et c’est à ce titre que je voudrais poursuivre car c’est aussi et peut être surtout à travers mon activité professionnelle que j’ai été confrontée à un certain nombre de problèmes. Ce qui m’a tout de suite étonnée dès le début de ma carrière, c’est d’avoir des élèves de 6ème en situation d’échec, alors qu’ils avaient eu tout au long de leur année de primaire de « bons résultats ».
En observant leur façon de traiter un problème, je me suis, peu à peu, rendu compte que rien ne relevait chez eux d’un raisonnement logique qu’ils se seraient approprié, construit le plus souvent sur des images concrètes à travers les jeux, d’une utilisation judicieuse des outils mathématiques fondamentaux, qu’ils soient opératoires ou géométriques, les concepts correspondants n’ayant jamais été assimilés par ces élèves. J’ai peu à peu réalisé, aidée par la recherche pédagogique dont Nina Rist, cofondatrice de l’école et l’équipe de l’école s’inspiraient que l’enseignement primaire avait trop souvent le tort de reposer sur l’apprentissage de techniques sans se référer à l’évolution des structures mentales de l’enfant. Le fait d’exiger parfois à un moment inopportun, l’acquisition de certaines techniques, met des enfants en difficulté et les oblige à utiliser n’importe quel moyen pour répondre à l’attente des adultes, parents et enseignants : répétition, mimétisme, sans parler de ceux nombreux qui « fonctionnent à l’éffectif », attitudes largement étudiées par Stella Baruck, tout cela ne développant en rien une véritable compréhension.
En ce qui concerne précisément l’apprentissage des techniques, la pression aujourd’hui ne fait que s’accentuer, Stella Baruck s’est d’ailleurs élevée publiquement contre les nouveaux programmes de mathématiques en primaire.
Avec une pédagogie qui privilégie ce type d’apprentissage les studieux et les dociles apprennent en se coulant dans le moule, si l’on est ni rapide ni studieux ni docile, on a beaucoup de chances de se sentir exclu.
Un travail effectué par une équipe d’enseignant dans les années 80, à l’initiative de Nicole Picard, que des enseignants de l’École Nouvelle ont connu, est recueilli dans un ouvrage intitulé « agir pour abstraire » illustre tout à fait la démarche de l’école qui à travers les activités proposées, aide l’enfant à trouver un sens à ce qu’on lui propose.
Pour ce qui est du suivi des enfants qui passent par l’École Nouvelle, concernant le suivi à long terme, j’évoquerai une enquête* faite il y a quelques années et qui montre que ces enfants maintenant adultes ont réussi dans des domaines variées.
Enfin, à plus court terme, la période d’adaptation à la sortie de l’école n’est ni plus longue ni plus difficile que pour les autres enfants. Ce qui est certain, c’est que les enfants de l’École Nouvelle ont de grandes capacités d’adaptation et d’organisation, ce sont des enfants très autonomes ».
Ce témoignage a été recueilli auprès de Manou, maman et grand-maman d’enfants de l’école nouvelle d’Antony, que nous remercions sincèrement.
* (http://labibliothequedenina.org/?p=13)